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Entretien avec Mehdi Benslim, fondateur de ReparTrust: «Notre métier est de mettre à disposition toute la technologie existante pour faciliter la vie des réparateurs»

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Réparation automobile 
ReparTrust franchit une étape majeure de son développement. La plateforme digitale de suivi et de pilotage des réparations automobiles après sinistre annonce une levée de fonds pre-seed de 750.000 dollars auprès de business angels et investisseurs privés. Une opération réussie qui tend à digitaliser et industrialiser la réparation automobile, notamment la carrosserie après choc, encore largement sous-digitalisée dans les marchés émergents. Dans cet entretien, son fondateur revient sur les détails de cette opération et les ambitions de la plateforme d’être un levier de transformation digitale du secteur.

ALM : ReparTrust ambitionne de devenir le «système de pilotage» de la réparation automobile après sinistre. Concrètement, qu’est-ce qui différencie votre plateforme des outils existants, et en quoi change-t-elle la façon dont assureurs, garages et sinistrés interagissent aujourd’hui ?
Mehdi Benslim : Ce qu’il faut souligner d’abord et avant tout, c’est le décalage de maturité digitale entre les grands acheteurs de réparations après sinistre – c’est-à-dire les grands loueurs, flottes et assurances – d’une part, et les producteurs de réparations, qui sont dans le cas de ReparTrust les ateliers de carrosserie, d’autre part. Ce gap a commencé à intéresser quelques start-up et investisseurs aux États-Unis et en Europe, et nous sommes les premiers à l’adresser dans la région MENA.
Le constat est simple : entre le début d’une réparation et la livraison d’un véhicule, il y a en moyenne plus de cinquante échanges entre les différentes parties prenantes, à savoir les ateliers, les sinistrés, les tiers payeurs (assurances ou loueurs) et les fournisseurs de pièces. Nous avons observé, analysé puis identifié la nécessité d’introduire de la technologie dans ce «brouhaha» qui se fait aujourd’hui principalement par des relances téléphoniques ou via des messages audio sur WhatsApp. Nous avons standardisé un workflow permettant à toutes les parties prenantes d’une réparation de gagner en productivité et de réduire les coûts. Sur nos premiers déploiements, nous observons déjà une réduction mesurable des délais de réparation, une meilleure maîtrise des coûts et une amélioration significative de la qualité de service perçue par les sinistrés.

Vous intervenez sur un marché massif mais historiquement fragmenté et peu digitalisé, notamment dans les marchés émergents. Quels ont été les principaux freins à la transformation digitale de la carrosserie après choc, et comment ReparTrust parvient-il à lever ces résistances sur le terrain ?
Les principaux freins sont le découragement psychologique et la réticence au changement. Mais croyez-moi : lorsqu’on propose un outil qui a un impact direct sur le business d’un utilisateur, il le réclame. Notre formule est très simple : observer l’existant, identifier les pain points et créer le pain killer. Après la création de la solution, il faut pouvoir la défendre sur le long terme avec des indicateurs de performance clairs.
Dans notre cas, les plus importants sont la durée de réparation, le coût de la réparation et la qualité de la réparation. Accélérer la communication entre toutes les parties prenantes permet de réduire la durée de réparation, donc son coût, et d’augmenter la satisfaction du sinistré. Ce modèle est particulièrement adapté aux marchés émergents, où la fragmentation des acteurs, le manque de standardisation et les pratiques informelles rendent l’impact de la digitalisation immédiatement mesurable et rapidement scalable à l’échelle régionale.

Avec le ReparTrustScoring et l’intégration de Piyes.com, vous introduisez une logique de performance, de traçabilité et d’impact environnemental dans la réparation après sinistre. Pensez-vous que cette approche puisse redéfinir durablement les standards du secteur, notamment en matière de coûts, de délais et de réparation responsable ?
Le scoring des garages permet d’abord d’avoir une vue d’ensemble des réseaux utilisés par les loueurs et les assurances, afin de répondre à une question clé : quelle qualité, et à quel niveau ? La distribution des volumes de réparation peut ainsi se faire sur des bases beaucoup plus objectives. Le scoring permet également d’intégrer ou de sortir des garages d’un réseau afin de maintenir une dynamique qualitative. Quant à Piyes.com, son intégration est très stratégique.
À la création d’une réparation et des pièces nécessaires à celle-ci sur ReparTrust, une API permet de créer des alertes chez les fournisseurs et de faciliter un chiffrage ainsi qu’une livraison plus rapides. Dans les chocs de carrosserie, la demande de pièces de réemploi (d’occasion) est très élevée. Dès la création de Piyes.com, nous avons fédéré les fournisseurs de pièces automobiles recyclées au sein de notre réseau, en complément des pièces de qualité équivalente. La pièce issue de l’économie circulaire a en effet un fort impact économique et environnemental sur les réparations.

L’intelligence artificielle occupe une place clé dans les pré-inspections et l’aide à la décision proposées par ReparTrust. Jusqu’où peut aller l’automatisation dans la réparation après sinistre, et quelles limites souhaitez-vous volontairement fixer pour préserver l’expertise humaine des réparateurs ?
Notre métier est de mettre à disposition toute la technologie existante pour faciliter la vie des réparateurs, des fournisseurs de pièces et des acheteurs de réparations. Sans l’expertise de cet écosystème, notre projet n’existerait pas. Nous automatisons ce que les professionnels ne veulent pas faire : passer du temps au téléphone ou sur Whats App ne fait pas partie des tâches les plus productives. En ce qui concerne l’IA, nous sommes opportunistes sur la visual intelligence, que nous utilisons comme premier niveau d’analyse sur des sujets ensuite validés par les experts concernés. L’IA peut par exemple, sur la base de photos, proposer une pré-inspection issue du machine learning et recommander la réparation d’une pièce au lieu de son remplacement.
Une autre utilisation de l’IA concerne l’anticipation des pièces à stocker chez les fournisseurs, à partir de l’analyse d’un parc automobile détenu par un loueur.

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