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AMMC: l’année de la profondeur de marché et du virage technologique

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Dette privée, ETF, crowdfunding, finance climat, supervision digitale et intelligence artificielle : après un millésime 2025 record, le régulateur veut transformer l’essai et ancrer durablement le marché des capitaux marocain comme pilier du financement de l’économie.

A Rabat, devant les principaux acteurs de la place financière, Tarik Senhaji a donné le ton dès l’ouverture de la première rencontre annuelle de l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC). Plus qu’une simple présentation de feuille de route, l’exercice s’est voulu un moment de clarification stratégique. « La clarté de notre action collective est le fondement d’une confiance solide, pierre angulaire de notre marché des capitaux», a affirmé le président de l’AMMC, rappelant que la confiance demeure la condition première du bon fonctionnement d’un marché par nature désintermédié, où émetteurs et investisseurs se rencontrent directement. Dans ce cadre, a-t-il insisté, la mission du régulateur reste inchangée : «protéger l’épargne et garantir un marché intègre, transparent et efficace».

2025, année charnière

Cette ambition intervient après une année 2025 décrite par l’Autorité comme particulièrement structurante. Les chiffres communiqués témoignent d’un net changement d’échelle. Le marché obligataire a vu le volume des émissions plus que doubler, traduisant un recours croissant aux financements de marché aussi bien pour les entreprises que pour les grands chantiers publics. Le segment actions a progressé de près de 70 %, porté notamment par trois introductions en Bourse ayant mobilisé 6 milliards de dirhams. La gestion collective confirme, elle aussi, sa montée en puissance, avec des souscriptions nettes en OPCVM atteignant 84,8 milliards de dirhams, soit presque le double de l’année précédente, tandis que l’actif net sous gestion a franchi pour la première fois le seuil des 800 milliards de dirhams. Dans le même temps, la titrisation a connu un bond spectaculaire, les montants levés passant de 2,4 à 15,5 milliards de dirhams en un an. L’ensemble de ces données est présenté dans le communiqué officiel de l’Autorité.

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Pour le régulateur, ces performances ne relèvent pas d’un simple cycle conjoncturel, mais de l’effet cumulatif des réformes réglementaires engagées ces dernières années. La modernisation du cadre juridique des OPCVM, l’opérationnalisation du marché à terme ou encore la professionnalisation accrue des intermédiaires ont contribué à renforcer la crédibilité de la place. Fort de ce socle, l’AMMC aborde 2026 avec une stratégie de consolidation et d’extension visant à accroître à la fois la profondeur, la liquidité et la diversité des instruments disponibles.

Cinq priorités structurantes pour 2026

La première priorité consiste à rendre le marché plus dynamique et plus accessible. L’Autorité entend renforcer l’efficience du marché obligataire, notamment en accompagnant l’essor de la dette privée, en encourageant la notation financière et en améliorant la transparence du marché secondaire. Les fonds de dette prévus par l’amendement de la loi sur les OPCC doivent offrir une nouvelle source de financement aux entreprises et aux infrastructures, tout en enrichissant la palette d’actifs disponibles pour les investisseurs institutionnels.

Sur le compartiment actions, l’objectif est d’entretenir la dynamique des levées de capitaux en facilitant davantage les introductions en Bourse et en soutenant le déploiement effectif du marché à terme. L’Autorité prévoit également la création de nouvelles catégories d’OPCVM, notamment les ETF, et la finalisation du dispositif permettant la cotation des OPCI afin d’élargir l’accès du grand public à ces instruments. Ces orientations sont détaillées dans le document « Priorités d’actions 2026».

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Le deuxième axe traduit la volonté d’inscrire le marché marocain dans les transformations mondiales de la finance. L’innovation technologique et la durabilité y occupent une place centrale. L’année 2026 verra l’agrément des premières plateformes de financement collaboratif, étape clé pour structurer l’activité de crowdfunding. Parallèlement, les travaux d’encadrement des crypto-actifs se poursuivront afin de poser un cadre réglementaire compatible avec les exigences de protection des investisseurs et de lutte contre le blanchiment.

Sur le terrain environnemental, l’AMMC accélère l’opérationnalisation de la Stratégie Nationale Finance Climat 2030 avec la mise en place d’une taxonomie verte, l’amélioration du reporting ESG et la promotion de standards de gouvernance alignés sur les meilleures pratiques internationales. Pour Tarik Senhaji, l’enjeu consiste à «concilier innovation, protection des investisseurs et intégrité du marché », sans sacrifier la stabilité au nom de la nouveauté.

La troisième priorité porte sur la protection des épargnants. La montée en puissance des investisseurs particuliers sur la Bourse impose un effort pédagogique accru. L’AMMC prévoit d’intensifier ses programmes d’éducation financière, de diversifier les supports de sensibilisation et de déployer une plateforme d’apprentissage en ligne dédiée aux marchés et instruments financiers. L’Autorité travaille également à la finalisation d’un Observatoire de l’épargne et de l’investissement pour mieux comprendre les comportements des ménages et adapter ses actions. Le dispositif d’habilitation des professionnels sera consolidé et élargi, notamment aux conseillers en investissement financier, afin d’élever le niveau de compétence de l’ensemble de la chaîne de distribution.

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La modernisation de la supervision constitue le quatrième pilier. Le régulateur entend renforcer son approche basée sur les risques, ce qui permettra une identification plus précoce des vulnérabilités et une allocation plus ciblée des ressources de contrôle. Les missions thématiques seront privilégiées et l’action contre les abus de marché intensifiée, tandis que la coopération avec Bank Al-Maghrib et les autres autorités se poursuivra pour prévenir les escroqueries financières et renforcer la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. L’AMMC prévoit en outre d’élargir son périmètre de supervision afin de mieux intégrer les nouveaux risques et d’encadrer certaines activités émergentes, notamment la gestion sous mandat.

Enfin, la transformation interne de l’Autorité apparaît comme une condition de réussite de l’ensemble du programme. La digitalisation des processus, déjà engagée, sera finalisée avec le déploiement d’une solution de supervision dite «Suptech ». L’AMMC entend également élaborer une stratégie d’intégration de l’intelligence artificielle pour améliorer l’analyse des données, renforcer l’efficacité des contrôles et moderniser ses outils d’éducation financière. À cela s’ajoutent la consolidation de la cybersécurité, la mise en place d’une gouvernance data plus structurée et le renforcement continu des compétences internes. Autant de leviers destinés à doter le régulateur des moyens techniques à la hauteur d’un marché devenu plus complexe et plus sophistiqué.

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En conclusion de son intervention, Tarik Senhaji a rappelé que ces ambitions ne sauraient être portées par la seule Autorité. «Les résultats enregistrés et les ambitions que nous portons pour 2026 ne peuvent se concrétiser sans l’engagement collectif de l’ensemble de l’écosystème», a-t-il déclaré, appelant émetteurs, intermédiaires et investisseurs à poursuivre le dialogue. Après une année 2025 qui a démontré la capacité du marché des capitaux à financer l’économie réelle à une échelle inédite, 2026 s’annonce comme celle de la maturité structurelle, où innovation, profondeur financière et rigueur réglementaire devront avancer de concert pour installer durablement la place marocaine dans une trajectoire de croissance sécurisée et compétitive.

Chiffres clés 2025
Le bilan présenté par l’AMMC fait ressortir plusieurs seuils historiques:
• Le volume des émissions obligataires a plus que doublé.
• Les levées sur le marché actions ont progressé de près de 70 %, portées par trois IPO totalisant 6 milliards de DH.
• Les souscriptions nettes en OPCVM ont atteint 84,8 milliards de DH, soit presque deux fois le niveau de 2024.
• L’actif net des OPCVM a dépassé pour la première fois 800 milliards de DH.
• Les montants levés en titrisation sont passés de 2,4 à 15,5 milliards de DH en un an.

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